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le Creux de l’enfer - CENTRE D’ART CONTEMPORAIN

Alicia Martin

Exposition "Proyectos d’autismo"

du 17 octobre 2004 au 31 décembre 2004

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Du 17 octobre au 31 décembre 2004 Vernissage le samedi 16 octobre à 18h

IMG/flv/martin.flv

Alicia Martin (Espagne) Née en 1964 à Madrid Vit et travaille à Madrid

Commissariat : Frédéric Bouglé, commissaire, Matt Hill, commissaire associé

Le livre comme enjeu dans une renaissance sculpturale.

Les installations d’Alicia Martin se concrétisent par des sculptures spatiales étonnantes, envahissantes, avec en arrière-plan une complexité dramatique baroque. Le livre en est le constituant unique, un comme sujet, multiple comme objets, et qui sont recyclés d’une expression écrite à une autre plastique. D’autres réalisations de l’artiste, comme ces photographies fantomatiques de sièges et fauteuils usagés, ajoutent quelques indices à la compréhension de son entreprise artistique. Elles laissent supposer qu’il y a ici quelque chose ayant trait à la fois à la disparition de l’objet, et de l’autre à la mémoire que celui-ci aurait transmise à l’espace, et que sa présence visible serait une révélation. Les livres ouverts ou fermés valident dans leurs variantes innombrables (formats, couleurs de couverture, épaisseurs, quantités), la connaissance totale, l’omniscience impossible, le brassage des cultures. L’artiste réalise des installations monumentales avec des milliers de livres se déversant par la fenêtre d’un immeuble, tombant d’un plafond, ou encore débordant de derrière une cimaise. Par tourbillons, par virevoltes baroques, des monuments, véritables cornes d’abondance, vomissent des milliers d’ouvrages. Les livres se pétrifient dans un mouvement, se fixent dans le temps, comme figés dans leur chute sous le regard des sœurs Gorgones. Parfois, dans une énergie émancipatrice, ces éditions échappent aux lois de la gravité, et s’envoleront alors comme une nuée d’oiseaux dans le vide. Ici à Thiers, c’est tout le rez-de-chaussée du bâtiment du Creux de l’enfer qui se voit ainsi envahi par une multitude d’ouvrages.

Si écrire c’est graver la mémoire, là où nous devenons fantômes de souvenirs fragiles et insaisissables, tant de livres disposés en tas, en désordre et en vrac, interrogent le respect de la culture humaine, et dénoncent ainsi la valeur dépréciatrice de son statut commercial. Si pour Jorge Luis Borges, dans la Bibliothèque de Babel, tout a été déjà écrit et que nous ne sommes que les fantômes d’un grand livre qui perdure, les ouvrages et catalogues qui constituent la matière même de ce qui nous est donné à voir, ne laissent guère le temps de le vérifier par la lecture.

Telles ces gargouilles de cathédrales qui dégueulent ce qui leur tombe de plus précieux du ciel, la sculpture régurgite la connaissance humaine et n’en retient par le livre que son apparence formelle. C’est dans ce moment de tension entre deux morts, entre l’inscription et sa lecture, entre perte et réjouissance, entre contenu caché et contenant montré, entre la valeur de l’écrit et sa vulgarité quantifiable, que le livre en tant qu’objet va se confronter à un labyrinthe moderne qui fait de la consommation boulimique de l’objet l’enjeu essentiel. Les singularités de la pensée se perdent dans un vacarme de forme architectonique chaotique, s’entrecroisent, et se reconstruisent dans une montagne de quantité. Les livres sans la structure stricte de la bibliothèque se perdent et se dispersent comme des âmes en peine. Leurs identités singulières s’écroulent et s’épandent dans l’espace comme une chair invertébrée, véritable masse contestatrice qui se reconstruit une nouvelle identité critique dans la valeur sculpturale de l’in situ du lieu.

Frédéric Bouglé, 2004

 
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