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le Creux de l’enfer - CENTRE D’ART CONTEMPORAIN

Angiola Gatti

Exposition "Density"

du 17 octobre 2004 au 31 décembre 2004

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Du 17 octobre au 31 décembre 2004 Vernissage le samedi 16 octobre à 18h

Angiola Gatti (Italie) Née en 1960 à Turin Vit et travaille à Turin

Commissariat de Frédéric Bouglé

Un maillage coloré de tracés sur des grandes toiles de coton fin

Ainsi que nous avons pu le constater pour sa première exposition en France au Creux de l’enfer, à Thiers, en 2004, les œuvres d’Angiola Gatti se déploient sur le mur comme un grand parchemin. Réalisées sur toile de coton fin, et présentées sans châssis ni verre de protection, elles évoquent dans leur fragilité la peau plâtreuse du mur qui se délite. Légèrement relevé sur les bords, lacéré par endroits, le support blanc exhibe parfois les blessures de son usage et dissimule sa frontière avec l’espace. C’est sur ces grandes toiles libres aux grains fins qu’Angiola Gatti intervient, et sur lesquelles elle dessine avec des outils graphiques aussi variés que le crayon noir, de couleur, ou encore le Stylomine. Sans jamais s’emparer de l’espace totalement, l’artiste l’investit par endroits, par étapes, par surfaces, le peuplant de véritables galaxies hachurées et gribouillées. Les œuvres sont de grand format, et les détails se font si nerveux, précis et curieux qu’ils pourraient évoquer l’aiguille d’un sismographe, la linéarité du principe d’inscription mécanique en moins, et la folie du scribe en plus. Pourtant, il y a bien ici quelque chose de l’ordre de l’enregistrement, transcription et archivage d’un moment d’existence humain, comme si tous les gestes d’une vie, sur un temps donné, se trouvaient posés tels quels sur le papier. On peut penser à Picasso dessinant l’éphémère avec de la lumière, et fixant le trait de son dessin par une photographie, quand ici le tracé fait écran à la lumière du papier. Que l’on s’éloigne, et le vertige de l’insaisissable s’évade. Aucune forme, aucun motif ne se reconnaît dans le figuratif, nous sommes bien dans un espace d’abstraction, et qui happe la pensée dans un monde codifié par la répétition d’un tracé. La pointe du stylo-bille, du crayon de couleur ou noir, véritable griffe à mine, trace et retrace le trait profondément gravé, laissant l’encre sur la trame du papier et le balafrant même. C’est tout un inventaire de formes qui se répètent, cercles, carrés, rectangles, ovales, spirales, toiles d’araignées, filés, masses, étoiles, ellipses, des configurations de conception hasardeuse et de caractère tramé. Peinture, dessin, tissu dessiné, le résultat en tant qu’objet fini est difficile à qualifier. Est-ce un journal personnel écrit page après page dans un langage maillé ?

Sont-ce des théorèmes mathématiques indémontrables ou des graffitis sans message ? Rien n’est précisé à ce sujet, comme pour mieux cultiver la complexité d’un propos sans centre ou aux centres éparpillés. Si l’œuvre se complaît dans son énigme, elle s’éclaircit pourtant en évoluant dans le temps, se faisant moins envahissante sur le fond, et se parant de motifs plus clairs, plus aérés, et avec des couleurs plus lumineuses et variées. Ces traits de graphisme tricoté, ces parchemins tissés d’empreintes supposent une volition secrète dans le harpon graphique d’une triple motivation. Il y a celle de l’obsession, une obsession ferme à griffonner un espace et à donner une empreinte au temps qui passe ; il y a le corps qui volontairement s’exprime par la gestuelle de la main et du bras ; et enfin il y a la volonté délibérée de se confronter à la lumière, et d’entreprendre son assombrissement par le recouvrement.

Frédéric Bouglé, 2004

 
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