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le Creux de l’enfer - CENTRE D’ART CONTEMPORAIN

[ English ]

La rôtisserie de la reine Pédauque

Delphine Gigoux-Martin

Exposition

du 10 octobre 2007 au 31 décembre 2007

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Une exposition produite avec les concours du EDELI – L’Entreprise Des Elèves de l’IFMA (Institut Français de Mécanique Avancée)

  • -* -et

    L’entreprise partenaire -

    DESCOURS & CABAUD RAA RHONE ALPES AUVERGNE (Thiers) Fourniture d’outillage et du matériel industriel

Entreprises impliquées dans ce projet :

Manganelli Auvergne Soudure Industriel


  • -* à voir aussi .... La galerie Metropolis Le samedi 15 septembre à partir de 18 h Pour le vernissage de l’exposition Delphine GIGOUX-MARTIN "J’aime les nuages...les nuages qui passent...là-bas... les merveilleux nuages" Charles Baudelaire, le Spleen de Paris Exposition du samedi 15 septembre au samedi 21 octobre 2007

    et encore... !


    Exposition "Merveilleux !", château de Malbrouk, Manderen Du 21 septembre au 31 décembre


     Delphine Gigoux-Martin

Vernissage le mardi 9 octobre Avec un Dj du collectif 1/G, et l’aimable participation des vins Bouvet-Ladubay, centre d’art contemporain à Saumur ; le Domaine d’Aupilhac, cuvée Les Cocalières à Montpeyroux ; le Clos des Boutes, cuvée Les Fagnes, Costières de Nïmes

 Commissaire Frédéric Bouglé, Directeur
 Commissaire associé, Matt Hill

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Née en 1972 Vit et travaille à Durtol près de Clermont-Ferrand L’artiste réalise, à partir de la taxidermie animale et de matériaux naturels, des installations sculpturales où viennent souvent s’ajouter, sorte de motifs réactivés de la grotte rupestre, une projection de dessins d’animation représentant des animaux s’agitant dans leur cadre spatial. Si ces volailles et mammifères naturalisés ramènent objectivement à la réalité d’espèces domestiques ou sauvages, l’artiste les soulève de terre et les confronte par le haut, parfois brutalement, à l’espace d’exposition, mur ou verrière, où ils viennent frontalement buter sur la réalité d’une clôture architecturale. Le statut animalier détourné, la nature végétale retournée, ses fragrances pourrissantes, contribuent parfois à épaissir le propos de sa recherche sur d’autres perceptions comme l’odorat, le goût apprécié de la chair du gibier et les arts de la table. L’opposition nature et culture, la trouble et double différenciation animal/humaine, le déchet organique poétisé (et non pas recyclé par la froide raison économique écologique moderne), un enchantement d’étrangeté, le déterrement de sens atrophiés valident autant de pistes dans la lecture d’un travail qui se refuse à trop de lisibilité. L’animal mort devient acteur d’une scène culturelle vivante, et l’aspect quelque peu cruel des propositions formelles renforce des questions contemporaines, qui, comme ces animaux évidés, tentent désespérément de fuir sans pouvoir s’échapper.

Delphine Gigoux-Martin vit sur la région Auvergne avec un parcours artistique prometteur. Son exposition en 2006 au château des Torines en Languedoc-Roussillon organisée par le centre d’art contemporain Les Abattoirs de Toulouse, de même que son intervention au Centre Culturel Valéry Larbaud à Vichy en 2005 témoignaient de l’avancée des recherches de l’artiste ces cinq dernières années. Son exposition à Thiers participera à la reconnaissance de ce travail au niveau national.

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Delphine Gigoux-Martin
Photo. Germain Berdié © les auteurs

Son projet au creux de l’enfer sera présenté au rez-de-chaussée du bâtiment, inédit et produit par le centre d’art. Par Frédéric Bouglé, 2007


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Intrigante, puissante, belle et cruelle, l’œuvre étale ses poussins.

Si, au Moyen Âge, les animaux qui vivent sous terre sont diabolisés, les autres sont reconnus à l’égal des humains au point qu’on s’interroge sur l’existence de leur âme. Beaucoup se fient à l’échelle des êtres d’Aristote, soupçonnant que les bêtes, tout comme les hommes, sont détentrices d’une âme végétative, sensitive, et intellective. C’est pourquoi certains animaux, dits “ criminels ”, connurent jugement, procès, pendaison et bûcher. Échappant au péché originel, ils ne pouvaient pourtant connaître les tourments de l’âme. Descartes, pour sa part, comme le scientifique d’aujourd’hui le dit du homard cuit dans son jus d’eau bouillante, affirmait que l’animal n’était qu’une

“ machine mécanique ”. Depuis, l’animal est venu hanter la littérature avec les “ Fables ” de La Fontaine (livres VII et XI), le “ Traité des animaux ” de Condillac, “ La Métamorphose ” de Kafka, jusqu’à “ La Ferme des animaux” de George Orwell. Bref, l’animal nous hante et on l’aime férocement, les contes de fées et la bande dessinée sont venus l’illustrer, de même que le cinéma d’animation, dont la technique fut reprise par Delphine Gigoux-Martin dans une installation récente.

“ Je vis en chien, je suis un vrai artiste, et je pense qu’il faut se rapprocher de l’animal ” proclame le célèbre russe “ agitationniste ”, Oleg Kulik. D’autres artistes, chinois, abordent ce sujet autrement, tels le cheval gonflé de Peng Yu et Yang Maoyuan, ou l’étrange mouette de Xiao Yu flottant dans du formol. Le Britannique Damien Hirst coupe une vache enceinte dans le sens de la longueur pour l’exhiber dans un aquarium de désinfectant, tandis que l’Italien Maurizio Cattelan naturalise une autruche mâle dont la tête se cache dans le sol. L’Allemand Thomas Grunfeld imagine quant à lui de multiples combinaisons hybrides d’espèces animales comme un lapin équipé de pattes de canard. L’installation de Delphine Gigoux-Martin implique l’animal comme sujet et la taxidermie comme moyen. Ici, c’est l’animal dans sa condition postmoderne qui renvoie au miroir de l’animalité humaine. Le poussin est reconnu par nous doux, et innocent, et le jaune de son plumage duveteux est si lumineux qu’on le qualifie de son nom, jaune poussin. C’est ce petit être inoffensif, “ léger comme la ouate ” écrit Maupassant, que l’on retrouve ici dans l’installation froidement mise en scène. Faut-il pour autant feindre d’ignorer les conditions de l’élevage intensif d’où ces petits corps proviennent ? Faut-il se cacher le sort de millions de ses congénères ? Entassés les uns sur les autres, leur bec est parfois brûlé à l’extrémité afin qu’ils n’endommagent pas leurs voisins. Là, une tige de métal est fixée dans ce bec, et le poussin est planté droit au mur, pareil à une fléchette.

Ambrose Gwinett Bierce, écrivain de contes macabres et pourfendeur de religion, marquera définitivement la conceptrice de l’œuvre aux cent poussins. Cet Américain aurait disparu mystérieusement à l’âge de 71 ans sur un champ de bataille, engagé à cet âge modeste auprès de Pancho Villa. Auparavant, il aurait eu quelques intuitions sur la définition du mot “ sorcière ”, telle cette artiste clermontoise agissant en Auvergne moins d’un siècle après “ Belle et attirante jeune personne, dont les perverses activités dépassent le diable ”.

Mais, si d’aucuns aiment à se nourrir de nouvelles croustillantes, pour autant “ On ne mange pas toujours ce qui est sur la table ”. C’est précisément l’intitulé de l’œuvre de Delphine Gigoux-Martin emprunté, s’il en faut, à l’auteur du “ Dictionnaire du diable ”. Selon maintes traditions, l’homme serait le gardien de la création, et de ce fait encore, protecteur des animaux. L’un et l’autre seraient liés par une profonde cohésion mutuelle. Le cinéaste canadien David Cronenberg confiait dans un entretien que l’homme n’était qu’un animal, et qu’il y avait là une vérité difficilement supportable. Cette consécration “ d’humain ” n’est redevable, c’est certain, qu’à nous-mêmes, c’est-à-dire au premier prédateur à l’échelle du règne animal. Alors que serait l’homme sans ses petites cruautés, et que serait, pour nombre d’entre nous, un bon dîner sans une cuisse de volaille dorée. Décidemment, la pensée moderne est trop compliquée, je préfère celle de l’artiste ou de l’animal… Cette cohésion mutuelle, ce champ collectif universel et moral sont quelque peu mis à mal. Intrigante, puissante, belle et cruelle, l’œuvre étale ses poussins dans l’espace sans faux-semblants, sans cibler ni bien ni mal.

Frédéric Bouglé, 2007

aut:PDelage IMG/flv/fudocreux.flv
http://www.dailymotion.com/fudo-liv...

 
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