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le Creux de l’enfer - CENTRE D’ART CONTEMPORAIN

Didier Marcel

Exposition

du 20 octobre 2002 au 31 décembre 2002

20 octobre - 31 décembre 2002 Vernissage le samedi 19 octobre à 18h

Commissariat de Frédéric Bouglé

La démarche de Didier Marcel est le fruit d’une réflexion de l’art en rapport à son époque d’investigation actuelle. Ses sujets sont toujours précis, et ses modes opératoires aussi. Véritables ersatz de nos forêts, les sculptures en question ici interrogent les rapports entre nature et culture, sachant que toute géographie, toute nature est marquée de son environnement temporel humain. Quatre sculptures de troncs d’arbres (hêtre, sapin, chêne et peuplier) forment un inventaire représentatif des essences arborisées de nos régions. Les fûts d’arbres se présentent alignés comme ils le seraient au bord d’une route ; en cela ils valident davantage une nature domestiquée, c’est-à-dire instiguée par la volonté humaine. Pourtant d’ordinaire, quand la végétation s’empare de l’architecture, tableau romantique d’une friche industrielle ainsi qu’il en est de la vallée des Usines à Thiers, en Auvergne, où les œuvres furent innovées, c’est qu’elle reprend ses droits sur elle.

Extrait du texte de Frédéric Bouglé pour le catalogue raisonné de la collection du FRAC Auvergne qui a acquis l’ensemble des quatre sculptures.

Socles - disques en inox poli miroir (produit et fourni par Arcelor BCS) tournant sur dispositif de quatre moteurs BM2 (électrique) avec débrayage Moulage en résine de : hêtre, sapin, chêne, peuplier Surface traitée en flocage, coloris : rose, violet, blanc, pêche

La nature, mise en scène culturelle.

“ Nous oublions trop souvent que les artistes des siècles passés étaient des individus qui consignaient la plus grande étendue des savoirs (anatomie, chimie, optique, géométrie, anthropologie… Et que les œuvres que nous désignons aujourd’hui comme les repères d’une civilisation sont encore visibles parce qu’elles ont été le produit le plus abouti d’une société ” précisait Didier Marcel. On sait désormais que la démarche de l’artiste est le fruit d’une réflexion de l’art en rapport à son époque d’investigation actuelle. Ses sujets sont toujours précis, et ses modes opératoires aussi. Véritables ersatz de nos forêts, les sculptures en question ici interrogent les rapports entre nature et culture, sachant que toute géographie, toute nature est marquée de son environnement temporel humain. Quatre sculptures de troncs d’arbres (hêtre, sapin, chêne et peuplier) forment un inventaire représentatif des essences arborisées de nos régions. Les fûts d’arbres se présentent alignés comme ils le seraient au bord d’une route ; en cela ils valident davantage une nature domestiquée, c’est-à-dire instiguée par la volonté humaine. Pourtant d’ordinaire, quand la végétation s’empare de l’architecture, tableau romantique d’une friche industrielle ainsi qu’il en est de la vallée des Usines à Thiers, en Auvergne, où les œuvres furent innovées, c’est qu’elle reprend ses droits sur elle. C’est la nature sauvage qui l’emporte sur la construction culturelle, et qui résume aussi le conflit existentiel de la nature humaine. Les troncs sont mis en scène sur un dispositif silencieux, actionnés par un moteur électrique dissimulé sous un disque d’acier poli miroitant, comme ces produits de marketing ainsi valorisés en vitrine. La couleur monochrome des troncs en représentation accuse l’identité des arbres en simplifiant la lisibilité de la texture dessinée des écorces. Le socle tourne avec la sculpture dans une révolution interne, niant ainsi le statut traditionnel de la sculpture en ronde-bosse figée sur elle-même, et creusant à sa base un puits de lumière réfléchissant. Les arbres que l’on voit ici n’ont rien de sinistres ou d’ombrageux, tels parfois ceux des forêts, tout au contraire leurs fûts alignés et taillés, leur solennité première, rappellent autant la force et le dépouillement d’une colonne romane que les qualités évocatrices d’un somptueux décor de scène contemporaine. Habillée ainsi d’une matière duveteuse et de couleurs artificielles de ton pastel, flocage cotonneux telle une peau de pêche, l’œuvre valide autant l’idée d’une nature enchanteresse, voire sensuelle, qu’elle n’invalide celle d’une nature immuable enserrée dans son mot “ naturel ”. Elle contrarie encore les clichés toujours persistants d’un art qui, pour être profond, se devrait d’avoir l’aspect torturé d’un faux acacia. Didier Marcel a façonné son œuvre en faisant appel aux méthodes et techniques les plus abouties : moulages d’arbres en résine polyester laquée, technique du recouvrement par flocage comme dans l’industrie automobile ou vestimentaire, ingénierie de l’électromécanique pour les socles. Il marque ainsi ses différences quant à la sculpture classique. Formellement parlant, c’est davantage par la maîtrise des techniques actuelles, l’utilisation habile de leurs potentiels, qu’il atteste de nouveaux enjeux dans la création contemporaine. Au niveau de son contenu, l’œuvre réfute de manière mélancolique et poétique, par le détournement et l’embellissement du modèle, l’impossibilité d’un romantisme habité des valeurs d’hier, et le renouvelle à sa manière. Elle atteste surtout que l’idée que l’on se fait de la nature est une mise en scène culturelle.

Frédéric Bouglé 2005

 
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