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le Creux de l’enfer - CENTRE D’ART CONTEMPORAIN

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Djamel Tatah

du 2 juin 2010 au 19 septembre 2010

10 diapositives disponibles:

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  • Vernissage le mardi 01/06/2010

Djamel Tatah

Entretien video avec Djamel Tatah IMG/flv/TATAH.flv
  • 02/06/2010 – 19/09/2010
  • Vernissage le mardi 01/06/2010
  • Les majestueuses peintures de Djamel Tatah, dans une itération compulsive, figurent des modèles féminins et masculins, enfants et adultes sans caractéristiques sociales véritablement identifiables. L’œuvre témoigne d’avantage, dans son traitement pictural sans égal, des âges de la vie, de la condition humaine, de traits psychologiques et de tics corporels appartenant à une gestuelle humaine universelle.

Corps en lévitation baroque ou chutant dans l’espace, en dormition sereine ou en mouvement, ces peintures sont exécutées avec une exigence rigoureuse, et ordonnées par séries dans une apparence d’inertie trompeuse. L’artiste interviendra sur les deux niveaux du Creux de l’enfer pour une exposition dont la démonstration prendra moins la forme d’une rétrospective que celle d’une rencontre judicieuse impliquant des œuvres réalisées à des périodes distinctes.

f.b


Djamel Tatah prince de la mélancolie

la peinture dans le bain du diable. Par Frédéric Bouglé, janvier 2010

La technique picturale à la cire, celle précisément que l’artiste utilise, est si ancienne que Pline lui-même en perd ses racines. Du Ier au Vème siècle, elle est déjà employée sur les portraits du Fayoum en Egypte, ainsi que pour la décoration des navires et des sarcophages. Résistant au soleil, au sel et au vent, ce procédé s’appliquait sur le bois, un support que Djamel Tatah connaîtra, avant qu’il ne se fixe à la toile tendue sur châssis.

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Code 08002 Sans titre 290 x 160 cm Huile et cire sur toile, 2008, courtesy Djamel Tatah, ph H

Le peintre apprivoisa dès le départ ce savoir-faire spécifique, une technique qui résiste au temps et s’encanaille par là de la mort sacrée et profane. Son pouvoir couvrant, masquant et voilant, ses qualités contrastées d’ambre et de luisant, d’opacité et de diaphane, favorisent au mieux le traitement des visages nacrés, hâve et bleuâtre, autant qu’elles avantagent la maîtrise des glacis, ces couches de couleur qui échangent dans le subtil, spectres de grands fonds d’apparence monochrome, d’apparence seulement.

L’univers lunaire de la peinture.

C’est au début des années 1980 que Djamel Tatah commence à peindre, traversant les audaces d’une figuration libre, relevant mieux les profondeurs du colorfield, pour aborder une expression sui generis qui se conjugue à une lumière lunaire. L’œuvre amorce son propos sur le souvenir d’une photo, une image à caractère personnel qui engage sa peinture à mémoriser. Par extension, il en vient à représenter l’individu tel qu’il est, tel qu’il est sous le masque des sentiments individuels, dans la retenue de son expression, dans une tenue sans ostentation, et sans redondance ni décorum particuliers. Ses modèles ressemblent à la plupart des gens, avec leurs gestes anodins, ni faits remarquables, ni sentiment de l’être.

Dans le bain du diable, l’épreuve de la vie.

La peinture est un monde en soi. Elle s’affiche ici solennelle, lunaire, prégnante, et pourtant si proche du détachement humain. C’est bien un artiste qui est derrière, et pas une seconde main. "J’aime les films qui ressemblent à ce dont ils parlent " disait Francis Ford Coppola, moi j’aime la peinture qui parle d’elle-même. Ce que Djamel Tatah peint ressemble au théâtre de nos manières premières, dans une chorégraphie des corps routinière, mais traduite avec tant de beauté qu’elle grandit la petitesse de nos gestes. Sans illusion, sans dissipation, elle parle de l’être sans chercher à paraître, bref, être dans la vie tout au moins, démarchant, marchant, errant, dormant, vivant le monde à distance tout en étant volontaire. Tels ces personnages à la tête souvent inclinée, c’est le regard de l’autre qui incite à ne pas la relever, le renvoi de sa propre histoire quelque peu cruelle que chacun porte en lui-même, et toute l’histoire des hommes qui nous engage avec. Nous sommes dans cette impasse moderne, celle de la peinture qui s’affronte à son passé, celle de l’être sans victoire extrême, rien ne peut désormais nous échapper. Comment d’ailleurs pourrions-nous échapper à une vaste plaine monochrome, un tableau d’espace insulaire, quand les règles sont déjà posées comme celles qui nous attendent dès notre arrivée, le peintre orientant son modèle au format clos prédisposé.

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Sans titre 290 x 160 cm Huile et cire sur toile, courtesy Djamel Tatah ph H

S’installent dans cette réalité des figures contemporaines posant avec la langueur tranquille de l’immortel, leur bréviaire d’habit noir adaptable à toutes les époques. Avec cette prédisposition laconique et d’apparence désabusée, chacun se suffit à son être dans les usages d’une vie qui pourrait être celle d’un autre, dégagé des passions fébriles et des intrigues ordinaires. "Un et un font un" concluait en huis clos, et par cette équation, Serge Réggiani dans "Les séquestrés d’Altona". Les visages satinés, telle la casaque de Pierrot ou la souquenille d’Arlequin, ne retiennent ni éclat de rire arrogant, ni sourire méprisant, ni colère exsangue. Sans affectation, acteur impartial, le modèle se repose parfois à l’écart de son cadre, à la limite d’abdiquer, mais se montre toujours désintéressé de tout objectif matériel dont on ne trouve ici nul intérêt.

La première photo ayant servi de modèle à cette entreprise de portraits, le modèle des modèles devrait-on dire, est un portrait du père de l’artiste en compagnie de ses deux oncles, l’un avec son fez traditionnel sur la tête. La photo fut adressée dans les années 1950 à la famille, photo familière de trois algériens émigrés. Se faire photographier à trois, c’est se montrer moins abandonné, plus entouré, c’est vouloir rassurer sur sa propre condition. Être loin des siens, ressentir le mal du pays, l’absence d’êtres aimés, invite à la mélancolie, l’expression singulière des personnages en question. La mélancolie ne communique pas le mauvais destin des hommes, c’est son lot commun, l’inévitable bain du diable des expatriés, expatriés tous d’un autre temps. Pareil au désert du nomade, chevalier bleu dans son Grand Erg Occidentale, rien, dans cette peinture, ne vient lui faire ombrage ni lui présenter d’obstacle, pas même son cadre.

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vue de l’exposition, courtesy Djamel Tatah ph H

Elle n’offre à ses habitants, pour tout soutènement, que l’espace d’isolement d’une peinture plane et nue. S’y fixer valide l’épreuve de sa tenue dans les gestes de la vie, un ordinaire sans distraction, une humeur stable et une hauteur morale. Reste l’in petto du tableau, quelque chose de l’ordre du mystère en liaison à une tradition picturale, et qui fait que le monde à sa couleur, sa lumière interne, et que le genre humain, l’autochtone de ces surfaces, sous son masque marmoréen n’a d’autre raison que d’agir avec.

 
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