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le Creux de l’enfer - CENTRE D’ART CONTEMPORAIN

Thomas Hirschhorn

Exposition - CONCRETION

du 1er juillet 2006 au 24 septembre 2006

76 diapositives disponibles:

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Tout sur Thomas Hirschhorn

[Thomas Hirschhorn]

  • Né en 1957 à Berne, Suisse, Vit et travaille à Aubervilliers

 Vernissage le samedi 1 juillet 2006 Avec un DJ du collectif 1/G
 coproduction le Creux de l’enfer - Thomas Hirschhorn - galerie Chantal Crousel (Paris)->http://www.crousel.com]

Commissariat : Frédéric Bouglé, commissaire, Matt Hill, commissaire associé

Cher Frédéric,

Je t’écris avec ces quelques phrases pour te dire ce que je veux faire chez toi au Creux de l’enfer. Je dis bien : que je veux faire, je ne dis pas que j’arriverai à le faire ou que le résultat reflétera ma volonté. Je veux faire “ CONCRETION ”. Je veux faire une exposition avec plusieurs travaux, une vingtaine en tout, qui sont parfois un travail seul, parfois une série de travaux, et qui suivent tous la même thématique : la “ CONCRETION ”.

Ces travaux seuls ou ces séries, je vais les nommer ici : 1. “ Swarm d’images ” ; 2. “ 4 Chandeliers ” ; 3. “ Jumbo Resonance Chamber ” ; 4. “ 4 Resonance Chambers ” ; 5. “ Embedded Fetish ” ; 6. “ Tas de pierres avec images ” ; 7. “ Têtes reliées avec bois ” ; 8. “ Mannequins reliés avec bois ” ; 9. “ Têtes avec Headshots ” ; 10. “ Mannequins avec Nails and Screws ” ; 11. “ Tables avec Nails ” ; 12. “ Table avec mains remplies de pierres ” ; 13. “ Table de lapidation ” ; 14. “ Têtes avec Outgrowths ” ; 15. “ Mannequins avec Outgrowths ” ; 16. “ Mannequin avec Very Large Outgrowth ” ; 17. “ Table avec pierres avec Outgrowths ” ; 18. “ Pendulums With Outgrowths ” ; 19. “ Outgrowths on 2 Staircases ” ; 20. “ Real Outgrowths ”.

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Je veux donner forme au terme médical ou géologique “ CONCRETION ”, je veux donner forme à ce qui m’intéresse dans ce terme, aujourd’hui : le durcissement. Le durcissement du monde dans lequel je vis. Ce durcissement du monde vient du durcissement de chacun d’entre nous ; ce durcissement vient de l’intérieur, il vient de moi, je me durcis, je m’endurcis. Le durcissement est autoproduit. Le durcissement est un problème, une tumeur, un cancer, une maladie incontrôlable. Le durcissement se nourrit de lui-même. Et le durcissement se suffit à lui-même. Ce durcissement crée des formes, des nœuds, des dépôts. Ces formes m’intéressent. Ce qui m’intéresse aussi, c’est que ces formes existent dans la nature, dans la géologie, dans la médecine. Ces formes sont en quelque sorte “ naturelles ”, comme la condition humaine est “ naturelle ”. Mais cette “ nature ” ne veut pas dire venant de la nature mais plutôt ayant sa propre loi, suivant sa propre logique, étant autonome. C’est dans la nature des choses elles-mêmes. Bon ou mauvais, positif ou négatif, mais autonome et autoproduit. Je veux utiliser dans le thème même de “ CONCRETION ” le prétexte naturel pour donner forme à ce qui semble être humain : le besoin de s’affronter à l’autre, de se créer un ennemi, de se battre contre l’autre. Mais cela est seulement le prétexte “ CONCRETION ” car la bataille qu’il faut mener c’est la bataille contre soi-même. Se battre contre soi-même et se battre soi-même. C’est ça la véritable “ CONCRETION ”.

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C’est à ça que je veux, à travers le travail “ CONCRETION ”, donner forme. Le problème c’est moi-même, il est à l’intérieur de moi-même, de chacun soi-même. Ce n’est pas le monde qui nous entoure qui pose problème. C’est moi-même qui pose problème, qui est problématique. C’est moi qui suis incontrôlable, c’est moi qui me suis durci et c’est moi qui crée des dépôts et des nœuds. À travers la vingtaine de travaux de l’exposition “ CONCRETION ” je veux confronter le plus directement et le plus durement cette vision. “ CONCRETION ” n’est pas une illustration d’une “ concrétion médicale ”, d’une “ concrétion géologique ” ou d’une “ concrétion humaine ” (voir Jean Arp). Je veux faire une “ CONCRETION ” dure, réelle. Je veux faire “ CONCRETION ” avec toute sa puissance plastique, visuelle, pratique, incontrôlable, inévitable et inquiétante. C’est une “ CONCRETION ” qui est dirigée vers moi, contre moi et à l’intérieur de moi. Je veux décrire quelques principaux éléments formels qui me serviront comme “ lignes de force ” pour donner forme aux vingt différents travaux ou séries de travaux énumérés au début. Les images des blessures : Ces images, au-delà de leur horreur d’actualité sont les images de blessures de soi-même. Il n’y a pas de victime, il n’y a pas de bourreau. Chaque blessure est aussi la mienne, chaque blessure est celle de celui qui la regarde. Il n’y a pas d’échappatoire, il n’y a pas de raison, il n’y a pas d’excuse. Ce sont des blessures de chacun d’entre nous. Il faut les supporter, il faut les porter et il faut les regarder. Outgrowths : Ces formes, simples et ignorantes, sont des formes qui se développent à partir de quelque chose. Sur la peau mais aussi sur la pierre. Un Outgrowth ne peut pas se créer, se développer, s’agrandir sans terrain d’accueil, sans espace ou sans profondeur d’accueil. Un Outgrowth “ pousse ” sur quelque chose. Comme la concrétion dans la nature, la forme dans mon idée de “ CONCRETION ” nécessite un terrain ou un espace plastique d’accueil pour “ pousser ”, mais son existence n’est pas naturelle, elle est une résistance et une affirmation. Les Nails et les Screws, dans les Mannequins et dans les têtes des Mannequins — les Nails tout court — ne “ poussent ” pas sur quelque chose, ils pénètrent dans quelque chose. Les Nails et les Screws que je plante ne sont pas seulement des Nails d’un fétiche pour conjurer le mauvais sort ou des Nails et Screws pour laisser une marque de passage. Les Nails et Screws ne sont pas seulement des Nails d’acupuncteur pour guérir ou des Nails d’une bombe diabolique explosée qui se sont plantés dans un corps. Les Nails et les Screws sont — eux aussi — la “ CONCRETION ” même, le durcissement qui est en moi – et qui vient de moi contre moi. Le Swarm d’images est là pour rendre le durcissement présent dans l’espace, dans l’esprit, dans le temps. Pour “ CONCRETION ” c’est un Swarm d’images de blessures. Les images issues du Swarm sont omniprésentes dans l’exposition, sans hiérarchie, sans message, sans dynamique autre que celle suivant la loi intérieure du Swarm lui-même. Le Swarm change de direction en tant qu’entité et pas en suivant un élément isolé. Le Swarm suit sa propre logique d’une loi basée sur lui-même. Les Mannequins sont une forme “ headless ” de mon prochain, une forme que je donne à l’autre en dehors de moi-même.Un Mannequin représente la plus petite distance entre moi et et l’image d’un autre. Un Mannequin est une autre forme de moi. C’est une surface de projection. Les Resonance Chambers sont des chambres de résonance pour amplifier. Leur forme rappelle la forme d’un “ Outgrowth ” mais, contrairement à un “ Outgrowth ”, ils possèdent une ouverture. Je veux donner corps, je veux donner de l’importance et de la profondeur à quelque chose – à une blessure. Je veux donner une autre dimension, casser l’échelle en faisant ainsi référence à autre chose qu’à la blessure elle-même. Les Chandeliers sont des formes d’adoration non religieuses de ses propres blessures. Une forme de contemplation face à ce qui m’échappe, et un essai pour les dompter en les célébrant. Les Pierres de “ CONCRETION ” sont une forme explicite, je les utilise pour leur dureté même. Mais je veux aussi utiliser leur richesse d’évocation (de matériel de construction à arme de lapidation). Je veux utiliser les pierres également pour ancrer mon travail “ CONCRETION ” dans ce lieu de pierres Creux de l’enfer (la falaise, le ruisseau). J’utilise la pierre comme “ matière première ” et en même temps je veux insister sur l’universalité de cette matière, l’universalité de toutes les pierres. La pierre — ni passive ni active — porte en elle la capacité de la “ CONCRETION ”. La pierre est l’élément universel de cette exposition. C’est ce “ lay-down ” universel qui sera l’élément d’espoir de l’exposition “ CONCRETION ”. Voilà en quelques mots mes “ lignes de force ” pour ce projet. J’ai écrit ces phrases pour te communiquer mon projet d’exposition maintenant, mais j’ai commencé — bien avant — à travailler et les formes étaient déjà dans ma tête depuis un moment. Le processus de mon travail en général me paraît comme une concrétion, quelque chose que je ne contrôle pas, qui suit son propre dessein, que je ne peux pas décrire et qui n’est pas non plus une théorie. C’est quelque chose pour lequel je sais seulement qu’il y a pour moi la nécessité de donner forme.

Lettre de Thomas Hirschhorn adressée à Frédéric Bouglé

 
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