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le Creux de l’enfer - CENTRE D’ART CONTEMPORAIN

Jacques Halbert

Exposition « Le mur du rire »

du 17 octobre 2003 au 31 décembre 2003

Du 17 octobre au 31 décembre 2003 Vernissage le samedi 16 octobre à 18h Né en 1955 à Bourgueil (France)

Commissariat de Frédéric Bouglé

Originaire de la région de Rabelais, Jacques Halbert a hérité de cet esprit épicurien, un mode de vie qu’il transmet autant par son art que par son rire gargantuesque. Depuis près de trente ans, il mène une démarche artistique raisonnée, mais peu raisonnable. Son intérêt initial pour les mouvements Fluxus et Dada se recoupe et se déplace avec l’aventure étonnante de sa vie, et sur un champ personnel impliquant plus largement l’histoire de l’art, de Francis Picabia à Martial Raysse. Au début des années 70, il entre à l’École des Beaux-arts de Bourges, et, de là, commence une passion pour la peinture autour d’un sujet à la fois ordinaire et insolite, la cerise, les cerises. Une thématique quasi « obsessionnelle », puisqu’on la retrouve encore dans son travail aujourd’hui.

Le père de l’artiste était négociant en fruits et légumes, et son grand-père marchand de pommes de terre en gros, un univers parental qui se répercute dans l’iconographie de son œuvre. Comme Jacques Tati pour le cinéma, Jacques Halbert véhicule dans ses actions, et sur ses toiles, à l’aide parfois d’un triporteur à pédales, une affirmation esthétique avec des moyens ludiques, et qui apostrophe la mémoire d’une qualité de vie. Très rapidement, il pratique l’art de la performance, et de l’Eat-Art, avec quelques bons amis artistes comme Jean Dupuy. Ces débuts dans l’art l’engageront ensuite dans une vie nomade, il vivra 20 ans aux Etats-Unis, en Californie, et à New York où il ouvrira un restaurant et une galerie d’art.

Jacques Halbert, du plaisir de peindre à la peinture du plaisir.

Aujourd’hui, Jacques Halbert partage son temps entre nos deux pays. Il s’est installé dans un atelier à Candes Saint-Martin, dans sa région d’origine, au confluent de la Loire et de la Vienne. Cette première exposition personnelle de l’artiste en France depuis celle qu’il a réalisée à l’Ecole Régionale des Beaux-arts de Nantes en 1993, participera à rappeler, et à faire découvrir, toute la puissance et la fraîcheur de cette œuvre picturale, avec aussi des séries que l’artiste a fait revenir récemment des Etats-Unis. Des cerises, des petits pois, des fruits peints sur des fonds de tons sublimes et de supports variés, des peintures/vêtements, des patates à fumer, des paysages de rêve, des portraits/bouddha (avec couteau et fourchette en guise d’apparat) seront présentés à l’étage du bâtiment. Un ensemble de toiles, d’objets, de photos remarquables, et qui émancipe la peinture des modèles traditionnels du format portrait ou paysage. Bref, avec le plaisir de peindre, c’est la peinture du plaisir qui se donne à voir, et une œuvre étonnamment libre, joyeuse, inventive, maîtrisée.

Le mur du rire

Au rez-de-chaussée du centre d’art, Jacques Halbert expérimentera une pièce inédite, réalisée spécifiquement pour cette exposition avec l’aide de Thierry Joseph, et intitulée « Le mur du rire ». Cette installation prendra un caractère historique en impliquant des rires d’artistes contemporains parfois célèbres, et la participation du visiteur. Ni le « rire monasticus », ni « Le mur des Lamentations », Le mur du rire est composé de 20 hauts parleurs sur lesquels flottent des chemises qui vibrent sous la force vivante des rires de créateurs. C’est ainsi que les rires de Jean Dupuy, Fromanger, Ben, Joël Hubaut, Michel Giroud ou Claude Lévêque, seront détenus et mémorisés à jamais dans une œuvre. L’installation « in progress » s’enrichira par la suite d’autres rires illustres du monde de l’art. Et ici, nul n’est besoin de se nommer Aladin pour faire jaillir son génie, chaque visiteur bénéficiera de la faculté d’un sorcier. Mais au-delà de cette force de mémoire sonore, l’installation interroge les différents aspects du rire, cette étrangeté corporelle, et ses fonctions humaines, sociales, culturelles. Elle interpelle encore nos attitudes à l’égard du rire, du burlesque, de l’absurde, nous offrant le spectacle attendu pour répondre au mystère profond de ce qui se déclare être la plus belle manifestation humaine de la vie et du bonheur.

Jacques Halbert, deux fois né… Cerises et petits pois

La cerise, les cerises Originaire de la région de Rabelais, Jacques Halbert est le digne héritier de l’illustre philosophe dont il transmet l’esprit au moyen de sa palette, et dont l’écho nous revient par son rire gargantuesque. Depuis près de trente ans, l’artiste mène une démarche artistique originale, et quelque peu frugale aussi. Son intérêt initial pour les mouvements Fluxus et Dada se recoupe et se déplace avec l’aventure étonnante de sa vie, et sur un champ personnel impliquant plus largement l’histoire de l’art. Au début des années 1970, il entre à l’école des beaux-arts de Bourges. Là commence la carrière de ce peintre au caractère, pour gloser le critique d’art Roland Duclos, “ gouleyant comme un vin de Chinon ”, et sur un sujet passionnel qui se rapporte à son goût particulier, un sujet ordinaire et pourtant insolite : la cerise, les cerises. Une thématique quasi obsessionnelle dans son œuvre, puisqu’on la retrouve encore aujourd’hui. Très rapidement il pratique aussi l’art de la performance avec quelques bons amis artistes, comme lui aujourd’hui reconnus. Ces débuts dans l’art l’engageront par la suite dans une vie nomade entre la France et les États-Unis, avant qu’il ne revienne peindre sur sa terre natale et réalise la rétrospective de son œuvre, avec “ Le Mur du rire ”, au Creux de l’enfer, à Thiers, en 2003.

Des petits pois bien ronds qui roulent sur la toile.

Jacques Halbert, on le sait, apprécie les sujets de fruits et d’agrumes qui se répètent comme les motifs d’un papier peint, et qu’il ose faire rouler sur ses toiles en déclinant un nuancier aux couleurs les plus jeunes. Ordinairement, il pratique sa peinture à l’huile ou à l’acrylique, et sur des supports variés qui prennent parfois la forme d’un fruit, voire sur des portes d’armoire frigorifique de marque américaine “ Frigidaire ”, comme cette fraise rouge à l’emplacement d’un entrejambe féminin. Aujourd’hui, ce sont des petits pois bien ronds qui alimentent ses obsessions. Une série de toiles récentes décline des formats plus traditionnels, sur lesquels l’artiste intervient par strates successives, par étapes, par recouvrements. Il prépare au rouleau et au pinceau la composition de ses fonds, sur lesquels s’appliquent de savants coulis d’aplats de peinture. Enfin l’artiste, cerise sur le gâteau, appose, avec ses instruments les moins ébouriffés, ses délicats sujets de prédilection. Dans une apparence de disposition aléatoire, ou strictement ordonnée ainsi que les empreintes d’un pinceau célèbre, des cerises rouges, croquées, croquantes, jaunes ou vertes, et des petits pois étoilés sur un fond gourmand de ciel vert ou orangé, viennent, véritables petites boules d’énergie céleste et végétale, scintiller sur la toile. Cerises et petits pois se côtoieront parfois sur un même tableau, quand ici et là, esseulés, et bien que Saumurois, un ou deux petits pois travestis en rose se démarqueront d’un cadre qui n’a ici rien de noir. Eh oui ! les œuvres de Jacques Halbert, contrairement à l’ordinaire dans ce domaine, ne craignent ni les sujets simples ni les couleurs franches, bien au contraire, et si la tendance actuelle est triste et pondérée, conceptuelle et austère, ses peintures ne sont surtout pas là pour nous le rappeler.

Entre culture culinaire, culture populaire et culture savante

Est-ce à dire, pour autant, que Jacques Halbert se fait le maître d’œuvre de la frivolité, si, par une véritable prouesse picturale généreuse et vivifiante, la frivolité parvient par là à se transcender elle-même ? L’artiste sème comme le marchand de sable ses petits pois scintillants sur le sommeil des anges, mais marque aussi de son ombre chaque cerise et petit pois peint. Sans doute s’agit-il par là aussi de ne pas faire adhérer le sujet à la cruauté des fonds, d’échapper à la morosité du non-dit, à l’avarice du presque rien, et au fondamentalisme du non-peint. S’il y a motif, s’il y a figuration, il y a encore dans le propos une démarche d’abstraction. On trouvera en effet, dans le traitement merveilleux des couleurs et des textures du support, quelque chose d’insondable, d’impalpable et d’impénétrable même si, mis en avant sur des aplats qui fondent, des cerises et des petits pois perlent des larmes de chair vivante. C’est dans ce murmure, dans cet écart, dans ce vide en tension entre sujet et fond que la peinture ici, spontanément, rentre en activité. La peinture de Jacques Halbert renvoie davantage que la part de bonheur que chacun a su préserver en soi-même, elle bouillonne, déborde, coule sur le sol. Cerises et petits pois passent de l’état inerte à l’état vivant par la pensée. La matière qui l’a formulée se fixe dans le geste de peindre entre agrégation et dissolution du sujet, entre sexualité suggérée et sensualité affirmée, entre culture culinaire, culture populaire et culture savante, entre enfin la joie prégnante d’un présent exalté et les temps jamais oubliés d’une cueillette passée.

C’est le tableau nouveau qui sort de son pressoir.

Regardez, regardez bien, ne soyons pas aveugles, les cerises et les petits pois sont les particules lettrées d’un langage chiffré, tel un braille coloré. Tous multiples, mais chacun unique, voyant et croquant, des signes ronds inscrivent une surface délimitée. Ils chahutent, se rallient, s’égrappent, s’agrippent, se frôlent, se dispersent sur la toile ou le papier dans un alphabet crypté. Punctiformes, rouges ou verts, ils expriment en relief, dans la déclinaison des valeurs, du brillant du sujet à son ombre portée, des hiéroglyphes répétitifs, têtus, sacrés. Cerises et petits pois libérés de leurs cosses s’agrègent sur le mot enjoué du sujet, avant de se répandre dans la peinture comme pour l’aromatiser, la glacer. Ainsi que les grains de la grappe d’un raisin fameux pris dans l’étau de l’alchimie superbe, se dégagent une écriture inconnue, un message liquide, une sorte d’élixir, quelque chose de capiteux, de soyeux, de joyeux… Il appartient à chacun de laisser son regard s’abreuver de ce jus de peinture, de humer ces parfums colorés. Ce sont les couleurs du soleil qui jaillissent de la solution pigmentée, et c’est le tableau nouveau qui sort de son pressoir.

Il existe un mythe très ancien qui concerne la naissance de Dionysos, de là vient l’une de ses épithètes de “ deux fois né ”, la légende ne dit pas si ce fut une fois avec des cerises, et l’autre avec des petits pois.

Frédéric Bouglé, 2004

 
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