le Creux de l’enfer - CENTRE D’ART CONTEMPORAIN

Les Enfants du Sabbat 19


jimmy BEAUQUESNE - valentin GODARD - kevin DESBOUIS anna HOLVECK - maïté MARRA - marie MUZERELLE norman NEDELLEC - manon VARGAS - sarah VIGIER - hugo ZIEGLER


 Du mercredi 14 mars au dimanche 16 septembre 2018
 Vernissage avec performances d’artistes
 le mardi 13 mars , à partir de 18h


IMG/flv/ES19.flv

Proche des Enfers mais de caractère enjoué, Sarah VIGIER ranime d’emblée joie rabelaisienne et farces gargantuesques. Cerbère, sa sculpture en céramique (un chien à trois têtes disposé au pied de la chute d’eau), garde conformément à la mythologie qui lui revient, de jour et de nuit, son Styx durollien. L’artiste enrôle un traiteur local (volontiers complice) pour élaborer une pâtisserie à partager avec tout le public, véritable pièce d’art culinaire faite d’osselets savoureux. Avec Marie MUZERELLE, à l’heure du Village global et des regards cachés, on trouve le moyen simple de se protéger. L’artiste use de solutions burlesques mais non moins efficaces, innovant avec son dispositif de protection informatique Hello, et en exposant dans son chapiteau pliable/nomade ses versions drolatiques d’un marketing élaboré. Sur le grand mur du fond recouvert d’un papier peint sérigraphié (fleurs reprises à des GIF animés), l’étrange sculpture masquée et les dessins teintés de Jimmy BEAUQUESNE résultent de la fécondation du web à ses épiphénomènes, l’image numérique lumineuse de l’écran et le fun de la pop-culture se fixant sur ses stars actuelles, Lindsay Lohan ou Kim Kardashian. Mais ce sont aussi des photos d’inconnus échangées sur la toile – dont l’artiste croque le portrait – qui viennent introduire un principe d’équivalence à toute reconnaissance comme à son modus operandi réversible entre l’écran et sa source vivante. Sur une autre corde de vibration où micro et humour sont ouverts, Valentin GODARD organise avec les Enfants de Diane une performance collective pour le vernissage : Un sabbat pour les Enfants du sabbat. Tous pastichent les modèles de l’industrie du loisir et du divertissement audiovisuel dans l’enchaînement d’irrésistibles scènettes de lip sync costumées et à synchronisation labiale (à retrouver dans un film diffusé à l’étage et sur le site du Creux de l’enfer). Reste, avant de grimper l’escalier métallique, Anna HOLVECK qui démontre dans une vidéo pince-sans-rire combien la simplicité d’un concept et d’un intitulé peut s’avérer percutante dans son propos. Dans l’inquiétant contexte mondial de réarmement que nous connaissons, le film cadre sur la main d’un homme jouant à la guerre sur du sable, tout en marmonnant dans un infantilisme déconcertant des onomatopées d’un autre âge.

À l’étage, sous la mezzanine, Maïté MARRA – qui a étudié la photographie au Québec – filme dans une approche mémorielle, ajoutant au visible la part d’indicible que les regards capturés n’osent donner. L’artiste intervient avec une grande maîtrise de son moyen et ici avec une sensation toute pasolinienne. Son documentaire/fiction à dimension historique et sociale relate dans un témoignage saisissant la dure vie des petites gens attachés à la terre, en Italie, juste après la seconde guerre mondiale. Plus loin, Norman NEDELLEC prélève dans la nature des images et dénature parfois un objet, tel ce curieux bloc de papier mâché, livre de Kafka dégorgé d’une machine à laver. Son impression intime de la forêt, avec faune/flore ombre/lumière et sa chienne Adri, s’enchevêtre de liens animistes éthérés, quasi surnaturels. Sa vision se montre digne du cinéma d’Andréï Tarkovski, voire des Récits d’un chasseur d’Ivan Tourgueniev, libérant quelques lémures sylvestres. C’est dans l’historique du jeu de billard (jeu de croquet devenu à la faveur d’une commande de Louis XI jeu de table au tapis coloré), que l’installation picturale de Manon VARGAS acquière son statut singulier, métissant extérieur et intérieur, abstraction géométrique aplat et figuration. La couleur, le sujet et la matière s’émancipent de leurs rôles ordinaires et des connexions sémantiques normées, affichant franchement dans l’espace la liberté d’une nouvelle expression. Les approches, les techniques, les méthodes en peinture changent et évoluent, comme ce le fut pour David Hockney. Hugo ZIEGLER en fait la démonstration éclatante engageant comme postulat en amont la création digitale à l’échelle de ses doigts (sur l’écran de son portable), en l’appliquant ensuite par étapes dans une gestuelle picturale de grand format. Le recouvrement en trompe l’œil transféré au mur qui s’ensuit traverse alors les deux dimensions de l’artefact. Enfin, s’il n’y a pas de genre féminin/masculin défini dans le corps d’un peignoir vide, il y a bien un cintre d’autorité dans le portant métallique qui le tient. Vidéo, installation, dessin sur papier de soie, toutes propositions visuelles de Kevin DESBOUIS lèvent l’ancre sur le sens premier. L’artiste préfèrera la rhétorique elliptique pour relier le propre au figuré. Ainsi sa vidéo réalisée à Athènes en 2016 laisse apparaître des mots inscrits et d’autres qui se reflètent sur une vitrine, une réalité en écho visuel à la crise économique de ce pays.

L’exposition les Enfants du sabbat 19 ouvre sur tous les registres de la création actuelle, avec autant de paradigmes et de questions à creuser. Tendues sur les cordes de la modernité et de la culture interconnectée, leurs pratiques répondent et s ’appliquent à l’ordinaire du quotidien. Moins misonéiste et scientiste ad hoc qu’amis de la scène vivante et ouverte, ces concepteurs n’en scrutent pas moins – comme les plus grands artistes d’hier – une destinée humaine prométhéenne, à nature métaphysique ou politisée. Cette nouvelle génération informée et cultivée trouve et innove son néo-langage de plasticien, le corset de la raison desserré. Sans craindre la parodie ou la prise de parole, c’est sur un ton ma foi bien humain – parfois d’introspection grave et personnelle parfois d’un intérêt plus général et de fantaisie espiègle – que ces créateurs engagent leurs pensées tout en jouissant franchement du plaisir à créer.

Frédéric Bouglé, commissaire de l’exposition, janvier 2018


 Frédéric Bouglé, commissaire
 Philippe Eydieu et Gilles Levavasseur, commissaires associés
 Julie Portier, critique d’art invitée

 
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