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Né en 1960 à Sallanches (Haute-savoie) Vit et travaille à Lyon
l’artiste est representé par la Galerie Zurcher à Paris
Commissariat : Frédéric Bouglé, commissaire, Matt Hill, commissaire associé
Marc Desgrandchamps, une figuration uchronique :
Le sommeil de l’affect engendre le grotesque
Extrait de l’entretien de Marc Desgrandchamps avec Frédéric Bouglé, 2007
Frédéric : Que veut dire peindre ? Pourquoi peins-tu ?
Marc : Ta question m’évoque l’enquête lancée par les surréalistes auprès des écrivains : « Pourquoi écrivez vous ? ». Il serait sans doute intéressant de relire les réponses. Je ne sais pas ce que veut dire peindre aujourd’hui, dans son acception générale, car il me semble que c’est un verbe qui a le sens que chacun lui donne en fonction de sa propre pratique. Je peins à partir de différentes motivations, la principale étant celle d’être ému par un certain impact du monde et de tenter de le restituer au visible par les traces de la main (pour paraphraser Merleau-Ponty). C’est une perception de la réalité, dans le sens où cette dernière résiste, qui se manifeste au travers du pictural.
Frédéric : L’exposition du Creux de l’enfer comporte une vingtaine de peintures à l’huile, essentiellement sur toiles, souvent grand format, et inédites ou récentes. La mer, la plage, des arbres, des oiseaux, des chevaux en ruades, des ciels souvent lumineux et bleus s’imbriquent et se superposent de manière récurrente dans ce travail. Sur cette représentation archétypale de la nature se glissent, suintent, filtrent des personnages aux traits évanescents, au comportement banal, en position assise ou marchant, et qui s’affirment moins qu’ils ne s’effacent, qu’ils soient au premier plan ou au loin. Hors du traitement de la peinture dont nous reparlerons, s’agit-il de voir une dimension naturaliste, une sorte de communion ou d’harmonie entre ces éléments paysagers, animaliers et humains…
Marc : J’ai envie de te répondre : Pourquoi pas ? L’hypothèse, l’interprétation que tu suggères est parfaitement légitime. Que je sois l’auteur de ces tableaux ne m’autorise pas à délivrer un discours de vérité sur ces représentations qui cristallisent à leur surface. Toute œuvre est une fiction et l’auteur en est une autre. Néanmoins, s’il s’agit de voir une communion entre les différents éléments, cela pourrait nous amener à une vision mythique de ces peintures, quelque chose de l’ordre d’une harmonie originelle perdue. Personnellement je ne les situe pas sur ce territoire. Je les vois plutôt comme les restes épars d’une réalité brisée, morcelée, une réalité dont je tente de recueillir les fragments à partir de ce que je perçois. Parfois les figures parviennent à se reconstituer comme image, représentation. D’autre fois, elles se manifestent dans un délitement qui les maintient à l’état de lambeaux, de guenilles ; mais il y a bien une tentative de reconstitution, un peu à la manière d’un archéologue. Le sens s’écoule littéralement dans une forme picturale très diluée, les représentations se mêlant dans une coalescence entre ordre et chaos, le tout vu en transparence comme dans ces films où le paysage défile à l’arrière-plan alors que les acteurs restent immobiles sur le plateau du studio.