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le Creux de l’enfer - CENTRE D’ART CONTEMPORAIN

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Marc Desgrandchamps,"Un état des choses"

Exposition

du 13 juin 2007 au 16 septembre 2007

Né en 1960 à Sallanches (Haute-savoie) Vit et travaille à Lyon

l’artiste est representé par la Galerie Zurcher à Paris

Commissariat : Frédéric Bouglé, commissaire, Matt Hill, commissaire associé

Entretien avec Marc Desgrandchamps IMG/flv/MarcDesgrandchamps.flv

Frédéric : « Comme des guenilles en lambeaux », c’est vrai, il y a quelque chose comme ça… Voire une serviette humide à sécher d’où s’écoule quelque chose qui figure la peinture. L’être voyant et fantôme de son monde, tissu fragile trop étiré par l’étendue temporelle, et dont la trame se serait ajourée, presque à céder, sur des voiles de ciels trop réels. Le tissu, l’étoffe, le motif rayé ou non, ont, il est vrai, une forte présence, un rôle majeur dans la composition, avec le rythme et les couleurs dominantes du tableau, quand il ne remplace pas tout bonnement, habillage de parasol ou chaise longue, une présence humaine. Quoi qu’il en soit, nous sommes loin de tout triomphalisme ou égocentrisme, même quand les protagonistes prennent de l’importance sur la surface de la toile. Certes, des gens sont représentés, traversent comme subrepticement le tableau, ils sont là, et en cela ils sont fixés à la scène et fixent la scène sur eux. Pourtant, ils ne semblent pas occuper une position centrale, ils ne semblent pas vouloir prendre un rôle particulier. Seule leur présence corporelle atteste d’une existence, même si la lumière s’efforce de l’effacer, provoque leur desquamation autant que l’exfoliation du paysage, et que c’est davantage l’ombre qui va confirmer la réalité corporelle de leurs images. N’y a-t-il pas ici, à travers ces abandons, dans le geste pictural, la marque d’une obstination à se dégager de toute émotion existentielle, pour ne parler de peinture qu’avec un minimum de matière et d’affect, sur un registre qui ne se veut surtout pas tragique, et dont la quête initiale aurait moins à voir qu’il ne semble avec la figuration.

Marc : Tu désignes bien une de mes préoccupations qui est de peindre avec un minimum de matière et d’affect afin d’échapper au pathos qui toujours resurgit au détour des formes. C’est pourquoi j’élague beaucoup. Cependant, matière diluée ne veut pas dire absence de matière. Il y a une matière à la surface de mes tableaux. On peut la percevoir comme négative par rapport aux empâtements glorieux que certains rattachent à la pratique picturale. C’est peut-être une anti-matière mais c’est néanmoins par elle que les figures, la lumière, les ombres, bref tout ce qui fait la représentation, se manifestent sur la toile. C’est un écoulement, une fine pellicule. Au travers des pigments, on aperçoit le grain de la toile. Il y a une impression contradictoire de voile et de translucidité. Il y a reconnaissance et indétermination de cette reconnaissance. Dans « cette transparence plate qui est l’étranglement de l’éloquence » dont parle Bataille, il n’y a pas d’ambition rhétorique ou déclamatoire, et encore moins de registres tragiques. Cela ne veut pas dire qu’il ne puisse pas survenir. Le tragique se lie parfois au comique (la tragédie puis la farce...) tout comme le grotesque ou le kitsch avec le sublime. Si ces dimensions surgissent dans mes tableaux, je ne vais pas les refouler, même si mon ambition demeure que ces derniers se suspendent sur le mode de la réserve en une calme grandeur, un peu à la manière d’une œuvre de Barnett Newman. Mais de l’intention à la réalisation, je constate un écart, et la matière même de la peinture (on y revient) favorise parfois « un sommeil de la raison qui engendre des monstres ». La fluidité, le délitement, l’indétermination partielle des figures peut provoquer un glissement vers des doubles ou triples images. La « calme grandeur » se trouve détournée vers d’autres perceptions, déchue et corrodée par un négatif qui surgit de l’intérieur même de la forme imbriquée dans la matière. Il y a une ironie dans ces métamorphoses de la représentation vers autre chose que ce qu’elle tendait à être. C’est cette action, cette corrosion de la forme à l’œuvre dans mes peintures que j’appelle le grotesque. En même temps ce phénomène n’est pas univoque, il s’entremêle avec une volonté d’affirmation qui permet à des reflets de réalité d’exister par éclats sur la toile.

 
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