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le Creux de l’enfer - CENTRE D’ART CONTEMPORAIN

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Marc Desgrandchamps,"Un état des choses"

Exposition

du 13 juin 2007 au 16 septembre 2007

Né en 1960 à Sallanches (Haute-savoie) Vit et travaille à Lyon

l’artiste est representé par la Galerie Zurcher à Paris

Commissariat : Frédéric Bouglé, commissaire, Matt Hill, commissaire associé

Entretien avec Marc Desgrandchamps IMG/flv/MarcDesgrandchamps.flv

Frédéric : De Cézanne à Ben Nicholson, d’August Macke à Kandinsky, de Robert Delaunay à Richard Lhose, je trouve pour ma part, au niveau technique, certaines leçons d’analyses des couleurs, la transparence, l’opacité, son autonomie fondamentale, parfaitement assimilées dans ton œuvre. En cela, je trouve qu’il y a ici, et avant tout, une formidable leçon de peinture, et même une avancée sur les qualités de la couleur dans ses interactions dévastatrices entre elles. Quant au propos, celui qui respire du tableau, son sourire amer, l’état d’esprit qui l’anime, je le soupçonne volontairement à l’écart d’autres histoires. C’est vrai qu’en apparence, on pourrait y voir une certaine immanence, un retrait sur le sensible, une maturité, une lucidité du regard, même si dans la coulure qui travaille ta peinture, il y a l’état lacrymal, il y a larmes. Pourtant, nous sommes si loin de la dénonciation d’un drame, loin par exemple des procédés mnémotechniques d’une peinture nordique. Comme tu le suggérais plus haut, la peinture c’est d’abord, et avant tout, un mode d’appréhension de la réalité. Alors, c’est vrai encore, que des scènes triviales des tableaux, de ces scènes de rue ou de plage qui s’affichent au contraire d’agrément, tout pourtant tend à affirmer un apparat, un apparat qui se tient dans une révélation provisoire entre paraître et disparaître. Sous l’éventail d’une harmonie sereine, le théâtre du quotidien ici « frôle le mélo » de ne pas être. En cela, oui, il y a du « grotesque », mais alors à mes yeux c’est une forme singulière du grotesque, celle qui rend dérisoire autant le tragique de l’arrivée du réel, que le sujet heureux qui rend l’acte de peindre supportable…

Marc : Avant d’être un « sujet heureux » le motif est une présence, la configuration spatiale d’un instant sous une certaine lumière, que j’essaye de représenter dans la mesure de ce que j’en retiens. Il y a un aspect « carpe diem », mais il se manifeste à la façon précaire dont toute finitude se déploie. Il y a une tension et parfois un basculement, comme un renversement, entre l’éternel et le transitoire d’un moment sans cesse rejoué, comme un voyage temporel bégayant. Il y a aussi ce chaos qui s’insinue dans l’écoulement-écroulement du pictural. En regardant des actualités ou des archives à la télévision, mais plus souvent des archives, j’ai souvent été frappé par l’impact du ciel bleu sur les images de guerre. C’est idiot car quelle que soit la lumière la catastrophe est la même, mais cela agit pour moi comme si « le beau temps », lieu commun de la météo des plages, rendait plus absurdes ces images de destruction tout en les éclairant de façon plus précise. Les choses, figures, corps, objets, se détachent mieux, se dévoilent mieux sous le soleil. Je suis sensible à la lumière estivale, à ce surcroît de présence visuelle qu’elle donne aux êtres dans l’opposition accentuée du clair et de l’obscur, surcroît de présence qui rend pour moi plus palpable, et cela de manière paradoxale, leur précarité. C’est bien là le « mélo du ne pas être » dont tu parles. Mais c’est aussi la conscience du « nous ne goûtons jamais rien de pur », comme ce « bonheur sombre » de Liz Taylor dans le film « Une place au soleil », bonheur filmé en noir et blanc par George Stevens, cinéaste dont Jean-Luc Godard rappelle qu’il avait six ans plus tôt filmé en couleurs le camp de Dachau lors de l’arrivée des troupes alliées.

 
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