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le Creux de l’enfer - CENTRE D’ART CONTEMPORAIN

[ English ]

Mounir Fatmi

Fuck Architects (Chapter II), Exposition

du 4 juin 2008 au 14 septembre 2008

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 Mounir Fatmi


Casse-tête pour musulman modéré


catalogue


play the game

  • en collaboration avec Werner Randelshofer l in collaboration with Werner Randelshofer

    voir la vidéo


    Mounir Fatmi est représenté par les galeries suivantes :


    Los Angeles Shoshana Wayne Gallery Bergamot Station 2525 Michigan Avenue B1 Santa Monica, CA 90404 mail@shoshanawayne.com www.shoshanawayne.com


    New-York Lombard-Freid Projects 531 West 26th Street 2nd floor New York NY 10 001 info@lombard-freid.com www.lombard-freid.com


    Amsterdam Galerie Ferdinand van Dieten Spuistraat 270 NL - 1012 VW Amsterdam Ferdinand van Dieten galerie(at)dieten.eu www.dieten.eu


    Berlin / Düsseldorf Galerie Conrads Kronprinzenstr. 9 40217 Duesseldorf Walter Conrads Helga Weckop-Conrads www.filiale-berlin.de www.galerieconrads.de

Né en 1970 à Tanger, Maroc Vit et travaille à Paris et Amsterdam.

 Commissaire Frédéric Bouglé, Directeur
 Commissaire associé, Matt Hill

Mounir Fatmi IMG/flv/MOUNIR_FATMI22.flv
entretien video avec Mounir Fatmi pour son exposition personelle au Creux de lenfer, Paris 23 mai 2008, tdr Claire Berbey et le Creux de lenfer

Mounir Fatmi a participé à de nombreuses manifestations internationales, dans des musées et galeries à New York, Tokyo, Londres , Amsterdam, Paris, Johannesburg ou Düsseldorf. Son travail implique installation, sculpture, dessin, vidéo. Son œuvre est marquée par une dimension esthétique réelle avec un versant critique sur toutes les formes de pouvoir culturel, que ce soit la présence marquant du père sur l’individu, que celle imposante de l’architecture des grandes cités internationales. Les matériaux utilisés sont d’ordinaire assez simples, des fils d’antenne TV (symbole du pouvoir du moyen de communication), des boîtes de cassette vidéo ou des barres d’obstacles équestre (seul jeu d’argent autorisé dans les pays musulmans). Avec cet artiste, un Rubik’s cube deviendra un Ka’aba, un casse tête pour musulman modéré, et la matière des explosifs d’un pseudo terroriste pris en photo sera constituée de livres supposés subversifs. L’humour n’est donc pas hors de son propos. Avec « Fuck architects, Chapter II » ce sont les fondamentaux de ces imposantes architectures qui seront interrogées. Un premier volet de ce travail a été présenté à New York à la galerie Lombard-Freid Projet, et le troisième chapitre, après Thiers, sera présenté à la prochaine Biennale de Bruxelles en 2009.

F.B


Le ghetto est dans le cerveau

Réponse de Mounir Fatmi à Frédéric Bouglé, mars 2008

Frédéric Bouglé : Tu as, cher Mounir, bien que jeune, participé à de nombreuses manifestations internationales dans des musées, institutions et galeries, que ce soit à Amsterdam, Dubai, Düsseldorf, Johannesburg, Londres, New York, Paris ou Tokyo. Un travail qui implique installation, détournement d’objets, sculpture, dessin, slogans écrits, typographie, photo, vidéo. Une oeuvre marquée par une dimension esthétique réelle, certaines ornementées à la feuille d’or, avec, en soubassement, un contenu critique mordant. Celui-ci dénonce autant l’autorité patriarcal que celle plus sociale, plus voyante encore, de l’architecture des grandes cités internationales. D’ordinaire, les matériaux utilisés dans tes productions sont assez simples, des fils coaxiaux d’antenne TV (fils d’écriture symbolisant la puissance et l’efficacité des moyens de communication audiovisuels), des cassettes vidéo VHS ou même des barres d’obstacles équestres. Tu as aussi invité, pour un de tes projets, un représentant éminent du « Black Panthers Party ». Alors oui, tes oeuvres prennent parfois aussi des tournures étranges, un Rubik’s Cube deviendra un Ka’ba, casse-tête pour musulman modéré, et la matière des explosifs ceinturant sur une photo un pseudo-terroriste sera constituée de livres supposés subversifs. L’humour n’est donc pas hors de ton propos, ou du moins tient celui-ci à distance… L’architecture est aujourd’hui le sujet de cette exposition au centre d’art contemporain du Creux de l’enfer, à Thiers dans le Puy-de-Dôme. L’architecture fut de tout temps le plus beau symbole de l’humain et des civilisations. Certes, dans un passé moins immédiat, les monuments n’ont pu s’ériger sans une participation souvent abusive des populations, une démesure qui ne serait plus supportable de nos jours. Mais dans ce cas, les souffrances collectives se dissipent plus volontiers avec le temps, contrairement à des conflits autrement plus absurdes et cruels. Les grandes architectures conservent, encore en place ou non, une valeur emblématique forte. Ce sont des joyaux qui témoignent du savoir-faire culturel d’une époque, et qui valident aussi l’idée que l’on se faisait de la beauté. Aujourd’hui encore, en architecture peut-être seulement, la construction utopique subsiste ; et l’architecte, afin de concrétiser ses projets et ses ambitions, se tient au plus près des pouvoirs politiques ou financiers qui anticipent la modernité. Qu’on se souvienne du Corbusier et du dernier chapitre de son ouvrage rédigé en 1924, Vers une architecture, intitulé « Architecture ou révolution », et qui pose la question de l’idéologie moderne dans l’oeuvre collective. Déjà au IIIe siècle av. J.-C., Philon de Byzance énumère les Sept Merveilles du monde qui correspondent aux oeuvres d’art, architecture, statue, jardin suspendu, que les anciens trouvaient les plus remarquables. Cette classification reste aussi un précieux témoignage de l’unité du monde antique. Alors pourquoi Mounir, aujourd’hui, ce titre d’exposition quelque peu provocateur « Fuck Architects ». Un projet en trois chapitres dont l’exposition de Thiers en est le second, après celui de New York au Lombard-Freid Projects, et avant la Biennale de Bruxelles ou celle de La Havane à Cuba prochainement. //

Mounir Fatmi : Je vais, cher Frédéric, essayer de répondre à ta question « pourquoi ce titre ? » sans trop me justifier du « pourquoi » de ce titre. Répondre à cette question, ce sera comme se jeter d’une fenêtre sans savoir à quel étage je me trouve.

1-The Architect Il y a quelques années, je me suis retrouvé dans la même situation. Écrire un texte pour le catalogue « Next Flag » du Migros Museum où j’avais montré pour la première fois l’installation Obstacle. Résultat de quatre années de recherche dans le quartier du Val-Fourré, banlieue de Paris. C’était évidemment avant les incidents du 27 octobre 2005, que la presse nationale et internationale a qualifiés de « révolte des banlieues » et comparés à Mai 68. Ne voulant surtout pas écrire sur l’architecture et les problèmes de banlieue, alors que mon installation Obstacle était directement inspirée de cette violence architecturale des années soixante et de son manque d’humanité, j’ai intitulé mon texte « Le prétexte ».

J’avais déjà ce malaise concernant cette architecture prétendument fonctionnelle des « cités radieuses », ces immeubles HLM loin des centre-villes. Avec ces quartiers ressemblant à des grandes salles d’embarquement d’aéroport où tout le monde attend le prochain départ. Où la violence du béton dépasse toute violence décrite par la presse pendant les émeutes.Tout le monde sait que depuis plusieurs années les pouvoirs publics ont essayé de remédier à ce « mal d’architecture », en médiatisant la destruction de plusieurs tours dans les quartiers sensibles. Mais le béton avait déjà contaminé les cerveaux, et malheureusement les barres et les obstacles se trouvent maintenant dans la tête. Le ghetto est dans le cerveau.

Oui, l’architecture ou la révolution, mais je ne pense pas que l’architecture puisse remplacer la révolution. L’architecture est une arme qui de tout temps a été maniée par la classe dominante de la société humaine. Je pense que par nécessité l’homme doit se révolter, c’est un besoin vital, mais se révolter ne veut pas dire brûler la crèche du quartier ou la voiture du voisin. Dans La Ville de demain, Le Corbusier déclare : « Je suis architecte, on ne me fera pas faire de politique. On ne révolutionne pas en révolutionnant. On révolutionne en solutionnant. » Parfait, je suis tout à fait d’accord, mais le résultat c’est que par la suite cela a mal abouti socialement. Malheureusement, cette attitude apolitique a véhiculé la croyance que l’architecture pouvait transformer les hommes et la société et résoudre leurs problèmes. Personnellement je ne pense pas que l’architecture sans révolution puisse être une solution. Je ne crois pas non plus que « le grand architecte de l’Univers » est capable de nous proposer autre chose que des formes carrées pour nous faire tourner en rond, alors « Fuck Architects ».

Tout doit être déconstruit et revu. La révolution est une résistance, face aux grandes illusions, face à cet ordre du savoir instauré, face à tous ces dogmes dont il est impossible d’interroger les fondements.

C’est ça la vraie question : Que devrait être le réel ? On peut poser la même question à la religion : Que devrait être la religion ? Que devrait être la politique ? la philosophie ? Que devrait être l’économie ? Que devrait être l’art… Tous ces éléments sont des outils fonctionnels dans notre vie, le problème n’est pas là. Bien entendu que tout ça sert. Mais ça sert à quoi ? Je pense que tous ces outils viennent de la même boîte et qu’ils ont la même mission, faire fonctionner la machine. Peut-être après tout sommes-nous tous entrés dans « l’illusion » en ne faisant même plus la distinction entre un film catastrophe et les attentats du 11 septembre 2001.

Alors, comment faire pour être à « l’extérieur » du temps pour comprendre ce qui se passe juste là devant mes yeux. Si tout est illusion, si tout est à déconstruire, la politique, la religion, l’économie, la science, l’amour, l’art…comment continuer à créer des oeuvres qui ne sont finalement que la représentation de ces mêmes concepts. J’ai l’impression de voir des étoiles mortes depuis longtemps, qui brillent encore dans le ciel, et de continuer à croire en leur existence. Oui j’ai oublié, on m’a appris que l’art ne propose pas de solutions, mais j’ai peur qu’il arrête de poser des problèmes. Tout ce qui peut m’horrifier ne m’horrifie déjà plus, tout ce qui peut me choquer ne me choque plus, tout ce qui doit me faire peur ne m’effraye plus. Je suis devenu comme un insecte qui a absorbé tellement d’insecticide que cela le rend insensible au poison. Parfois, je suis même en demande de ce poison et de son effet hallucinogène.

2- Fuck Architects « Fuck Architects », titre « impubliable » selon le New York Times, m’a valu d’être insulté dans le même journal pour avoir abusé de l’hospitalité, de l’invitation d’une respectable galerie new-yorkaise et l’avoir utilisée pour injurier l’ensemble des architectes. Il faut dire aussi qu’une semaine avant mon vernissage, mon galeriste m’avait averti, en me proposant gentiment de changer le titre de l’exposition et d’utiliser juste « The Architect » par crainte de choquer les âmes sensibles du petit milieu des médias et du monde de l’art. Ma réponse était plutôt une question : « Y a-t-il encore quelque chose qui peut choquer aujourd’hui ? » Visiblement oui. La vision d’un architecte « niqué » par un artiste. Je ne suis pas provocateur, même si cela m’arrive d’utiliser la provocation comme un élément alphabétique pour écrire, penser et continuer. Rien n’est jamais gratuit dans mon travail, ou presque.

La vraie question que j’essaie de développer dans ce projet de livre/ exposition en trois chapitres, c’est « comment déconstruire, pour reprendre ce thème cher à Derrida, cette image de l’architecte et poser la question du réel face à cette grande illusion du temps contemporain » ? Si j’ai utilisé la « déconstruction » comme outil de travail, il a fallu prendre le concept en général de l’architecte comme « constructeur ». Utiliser le texte comme matière de construction, et l’architecture comme élément d’écriture.

J’avais déjà expérimenté cette notion pendant mon travail sur le projet « Save Manhattan 01 », où j’avais utilisé des livres publiés après le 11 septembre pour la construction d’une maquette du quartier de Manhattan. Les destructeurs ont fini, les constructeurs recommencent. La pensée construit l’architecture, et la destruction de cette même architecture donne matière à réflexion. La boucle est bouclée. Le hasard a fait aussi qu’une image de l’installation Save Manhattan se retrouve en couverture du livre Bienvenue dans le désert du réel, du philosophe Slavoj Zizek, qui traite du même sujet du « réel » après la catastrophe du 11 septembre. Le réel, oui, c’est de ça qu’il s’agit dans le projet « Fuck Architects ». Il faut enlever le bouclier, le gilet pare-balles, et affronter cette réalité telle qu’elle est. Je pense à travers des schémas qu’on m’a appris. Et tant que je ne peux pas arrêter de penser, remettre ma pensée au point zéro, je n’avancerai pas. Il faut déconstruire « la machine », sortir et se placer le plus possible à l’extérieur, refuser toute pyramide de valeur. Il faut provoquer l’accident, mettre le temps en retard. Ce que je veux dire, c’est que nous nous trouvons devant une espèce d’économie non stop qui finit par créer des distorsions de toutes parts. Parce qu’il faut absolument produire quelque chose, alors on s’invente de faux sujets, des thèmes vains et des concepts, tout cela pour que la machine « tourne », même à vide. Je me demande même si on n’est pas allé au bout de la métaphore, au bout de la fascination de cette « machine ». Si on ne peut plus s’arrêter, c’est qu’on stagne. C’est dans cette stagnation qu’on se donne l’impression d’une hypervitesse. Alors qu’en réalité, rien ne bouge. Rien ne change.

Oui, j’ai besoin d’un point mort, de créer une brèche dans le temps pour pouvoir l’arrêter. Juste le temps nécessaire de voir le réel éclabousser « l’illusion » et goûter à ma propre réalité. J’ai besoin de creuser jusqu’au point de tout retourner, jusqu’aux fondations, et de montrer que les structures elles-mêmes reposent sur des défaillances. Oui, je ne peux plus penser le monde avec des outils actuels et dans le seul but de produire une oeuvre. Ma paranoïa artistique me pousse à croire que finalement je ne fais que tourner dans la « machine », et manifester ce que « le grand architecte » m’autorise à dire, à faire et à créer. C’est à partir de là que j’ai commencé ma déconstruction. Le projet « Fuck Architects » est un chantier de travail, un terrain de déconstruction-construction sans aucun plan d’architecture, et surtout sans aucun texte du « grand architecte ».

Mounir Fatmi est né en 1970 à Tanger. Il vit et travaille à Paris et ailleurs. interro_liens_callback 1. Hannes Meyer, architecte et directeur du Bauhaus entre 1928 et 1930. 2. Maurice Torfs , la revue de l’efficience n° 204 d’octobre 1945. 3. Entretien avec Michèle Cohen Hadria, le 3 septembre 2006, à Paris.


pour + d’info http://www.mounirfatmi.com/


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édition disponible
 Fuck The Architect
 255 pages
 29 x 22 cm
 35€
 édition et distribution lowave
 e.info@lowave.com - www.lowave.com
 isbn 2-9526535-2-6

 
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