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le Creux de l’enfer - CENTRE D’ART CONTEMPORAIN

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Roland Cognet

En fait il faut peut-être chercher encore

du 12 octobre 2011 au 26 février 2012

3 diapositives disponibles:

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 Ouverture :
 Tous les jours, sauf les mardis,
 de 13h00 à 18h00,
 entrée libre et gratuite.
 Tél : 00 33 4 73 80 26 56
 Fax : 00 33 4 73 80 28 08
 e-mail : info@creuxdelenfer.net

*exposition réalisée avec le soutien de la galerie Claire Gastaud

*catalogue à paraître avec le soutien de Clermont-Communauté

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*Avec la participation des Fontaines pétrifiantes de Saint-Nectaire, Mr et Mm Papon. www.fontaines-petrifiantes.fr

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vernissage le mardi 11 Octobre 2011 à 18h

Communiqué

Sculpture possible, et manège d’ateliers. par Frederic Bouglé

Roland Cognet vit en Auvergne, au pied de la chaîne des Puys, et enseigne à l’école supérieure d’art de Clermont Métropole. Au début des années 1980, l’artiste formule un enjeu, catalyser dans un même corps sculptural les quatre essences fondamentales : le minéral, le végétal, l’animal et l’humain. Il y parvient avec la savante complicité de ses mains, et si l’œuvre au cours de son trajet s’ouvre à de nouveaux registres, sa feuille de route ne changera pas. L’artiste se positionne dans une filiation historique à la sculpture concrète américaine et française : Mark Di Suvero, Tony Grand, Robert Morris, Bruce Nauman, Martin Puryear ; et tient en affection des personnalités tels Michael Fried ou Etienne-Martin, qu’il a bien connus.

En 1992, Roland Cognet participe à une exposition de groupe au Creux de l’enfer*. La même année, le FRAC Auvergne fait l’acquisition de deux sculptures, puis d’une troisième en 2002. En 1995, Dominique Marchès organise une exposition personnelle de l’artiste au centre d’art contemporain de Vassivière en Limousin où il produira la sculpture « Moulage » dans le Parc de sculptures. En 2003, Anthony Caro l’invite au Triangle Artists’ Workshop et il réalise un ensemble de travaux à Pine Plains, à New York. Par la suite, la collection Philip I. Bermen à Philadelphie acquiert quatre œuvres d’importance. La galerie Claire Gastaud le présente régulièrement, et en 2004 le musée d’art Roger-Quilliot à Clermont-Ferrand lui consacre une exposition. Pour cette rentrée 2011, le centre d’art de Thiers lui offre toutes ses salles, et un ouvrage témoignera de l’événement dans sa collection « Mes pas à faire au Creux de l’enfer ».

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- La technique employée comme pensée déployée

  • Une matière-temps à sculpter

Il y a bien du cogito dans la technique gestuelle, une révélation ressentie par Roland Cognet encore enfant dans l’atelier paternel : la technique employée est une pensée déployée. Ce leitmotiv, appliqué à des résultats formels, à bien y regarder oriente un axe exigeant de la sculpture contemporaine. L’œuvre poursuit une ambition qui n’a rien de simple et qui oblige à ruser, tel un animal s’engageant sur des rondins de bois : s’affronter directement, audacieusement, autant à la création magistrale de la nature qu’à la nature de matériaux constituant le temps, matière insculptable qui trouve ainsi condition à être sculptée dans la matière-temps.

Ce seront des troncs d’arbres imposants, équarris ou entiers, des blocs monolithiques, des blocs hybrides, des matières chaudes et ligneuses de chênaie, de frênaie, de pinède ou de sapinière, la pierre volcanique de la région, le granit dur et froid de tous les pays, le métal d’acier sévère, l’inox, le zinc, le bronze, le plomb. Chaque pièce, chaque série innove dans sa méthode de travail, associant s’il le faut des modelages de matières indurées : ciment, plâtre, résine. La sculpture s’affirme alors posturale, fortifiant l’espace intérieur, se mesurant au paysage, indexant ses valeurs ou le glorifiant. Et si la chose est périssable comme le bois, l’artiste s’adresse à elle par le verbe du geste : caparaçonner, protéger, mouler, soutenir, peindre, prolonger, creuser, soigner, et cautériser même. Et si le défi semble impossible à relever, un portique-tuteur va tirer la masse vers le haut.

- Des sculptures-mâts dédiées aux géants

Forte de ses intentions, instruite des interventions et séjours répétés de Roland Cognet au Canada et aux Etats-Unis, l’expression sculpturale se dessine sans faiblir sur des cercles de croissance ouverts. Sa démarche, par cycles de tempo, aborde d’autres registres périphériques : le fusain, la peinture, la gravure, la photo, la vidéo ; acquérant dans l’espace de son atelier une maîtrise rare des moyens abordés. Il en résulte des sortes de sculptures-mâts, parfois si grandes qu’elles ne semblent destinées qu’à des êtres fabuleux, à des géants dieux ou à un autre lieu, à Ouranos, à Gaia, à Guadalajara.

- La déconstruction naturelle

  • L’œuvre prise dans un principe d’équivalence

A l’heure de l’art d’assemblage d’objets et de matériaux manufacturés, on soupèse autrement ces bustes énormes d’arbres âgés, ces fûts solidement cuirassés d’acier, comme équipés pour braver et résister à tous les affronts du temps. On s’étonne de ces sculptures de dimension surhumaine, de ce liber d’aubier dénudé, de cette écorce inventée, creusée au ciseau et au maillet de rides ondulées d’un doux clapotis flottant. Enfin, histoire de comparer l’une à l’autre et les deux sur un principe d’équivalence, comme ce couple de sculptures qui se ressemblent et devront vieillir ensemble, chacune vivant sa corrosion quand l’une est de bois et l’autre de ciment, les deux abandonnées au même sort des pluies et des vents : le noble et le vulgaire, le minéral et le végétal, l’original et la copie, le moulé et le sculpté ; il nous faut contourner ce tronçon de séquoia séculaire, puis se retourner sur son double, son jumeau endurci, ainsi qu’avec Moulage 1995-1996, dans le parc du centre d’art de Vassivière-en-Limousin. Autant dire que nous sommes au début d’un conte dont les fins nous échappent probablement.

Bien étrange en effet ces sculptures posées dehors ou dedans ; elles semblent suivre une destinée temporelle dont l’auteur, qui les a créées dans leur destinée supposée, ne dispose pas lui-même et comme pour s’en soulager. Et si les motifs des surfaces s’éprouvent mutuellement sur un totem levé ou un autre gisant, leur présence imposante sourit pourtant d’une ironie dans l’infini périssable de la trace résolument laissée. D’autres sculptures seront accompagnées de figures anthropomorphes, en-tête moulé d’emblème animal ou d’hominidé pétrifié, comme si quelqu’un au loin, dans le silence d’une forêt, dans l’écho d’une vallée, nous observait.

- Faire tourner dans notre tête un manège d’ateliers

L’atelier de sculpture quant à lui, le berceau de l’œuvre, ses référents fondamentaux en dispositions calculées, revient sur des petits billots de fer ou de bois, et dans le retournement de son principe premier. Ce seront de modestes sujets, des figurines, des modèles en réduction d’animaux, de végétaux, des cabanons populaires de jardin, des petits volumes assemblés en paysage schématisé, et dont l’ensemble est organisé sur une sorte de mobilier familier, table-tréteau-établi, à la stabilité accusée par des pieds diminués. « Si on connaît le plan, on ne peut pas se perdre », écrivait Le Clézio. Vivre et créer, en effet, c’est faire des expériences, explorer sa passion sans s’égarer ni l’égarer. Là, sur une planche de bois massive, planche de travail, planche de salut, des formes abstraites et figuratives, joueuses et légères, parfois en équilibre précaire, s’amusent d’une nature confidentielle planimétrée, d’un jeu intimiste doucement coloré. L’échelle réduite à celle d’un socle, à considérer les enjeux précédents, oblige à moins de mobilité tant pour réaliser l’objet que pour l’observer. Platon pensait le monde à l’échelle d’une seule cité, voir les choses petites en gros revenait à voir les choses grandes en petit, de même que voir l’enfant sur la poitrine d’une Vierge noire. Ici, il ne s’agit ni d’enclore l’œuvre dans un pré carré ni de la soustraire à sa spirale intérieure, il nous faut davantage la reconstituer dans son atelier intracrânien, à la grandeur du modèle qui constitue l’imaginaire de chacun. Avec cette série miniaturisée d’œuvres de Roland Cognet, tourner autour revient à déplacer, à faire tourner dans notre tête un manège d’ateliers sans en faire grincer les pieds.

- De grandes gravures sur bois

  • Du bas-relief à l’empreinte papier
  • Bassorilievo :

Dans L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, Walter Benjamin relève qu’« avec la gravure sur bois, on réussit pour la première fois à reproduire le dessin, bien longtemps avant que l’imprimerie permît la reproduction de l’écriture ». La xylographie en effet, au sens étymologique de « écriture sur bois », est aussi la dernière technique de reproductibilité qui oblige la main à s’investir dans toute son amplitude ; et c’est de surcroît avec Roland Cognet le support même, autant que son empreinte, qui seront exploités, le premier sculpté à mi-corps de son fond, sujet peint de frottements, et qui renvoie la sculpture au tableau. Ainsi montrée, creusée et travaillée, la plaque de bois acquiert alors le statut de bassorilievo.

  • Empreinte papier :

La sculpture de Roland Cognet, ouverte au monde, aux forces de la nature, à l’humour discret et aux associations de toutes sortes, trouve l’expression de son à-plat fermé dans cette série de médiums muraux sombres et captivants, et qui renvoient le regard à son intériorité, c’est-à-dire à soi-même, à l’en-soi, à cet autre qui derrière agit et qu’on n’écoute pas assez. Ce sont de grandes empreintes de gravures sur bois, de majestueux écrans noirs, d’un noir profond, intense, et dont l’encre dans son adhésion corporelle au papier, tel un goudron d’été brûlant, se fait quasi miroitante. La pâte de pigment noir recouvre méticuleusement son support tendu, les arcanes d’un art inconnu, laissant toutefois paraître un blanc de lisibilité, un contour épargné, juste sur la proximité.

- Le concept de « sculpture possible » de Roland Cognet

  • Nature dominante, nature dominée

Le regard porté par l’artiste sur l’environnement naturel, photos ou vidéos, cimes de grands arbres vertigineux sur un ciel bleu souverain ou grands cétacés océaniques filmés dans l’estuaire du Saint-Laurent ; bref la nature, nature dominante, avec de pareilles entités est d’une puissance telle que notre culture perceptive, dans sa grille euclidienne, ne peut l’appréhender dans toute sa vérité. C’est pourquoi on supposera par là d’autres résolutions, une échelle d’appréhension rapprochée pour une nature dominée, et qui nécessite parfois le refuge d’une maquette à géométrie repliée. De la sculpture d’échelle fractale à la sculpture d’un paysage mental, dans l’ordonnance des éléments mis à notre portée, nous parvenons au concept de « sculpture possible » défendu par Roland Cognet. Une sculpture reconstruite au damier d’une dimension plus intime, mais d’une perception ludique hypertrophiée.

« En fait, il faut peut-être chercher encore » titre pourtant Roland Cognet, un clin d’œil amusé à une phrase-phase que tous les créateurs connaissent, sans le clamer. Pour cette exposition personnelle sur les deux niveaux du Creux de l’enfer, l’artiste présente une sélection de pièces inédites réalisées entre 2009 et 2011, incluant sculptures monumentales et sculptures portables, gravures sur bois, vidéo et photos. L’ensemble de l’exposition, dans ses registres ouverts, affirme tout l’intérêt d’une œuvre entière, téméraire, patiente et solitaire.

* Exposition Pour un couteau 17 octobre – 6 décembre 1992 : Roland COGNET, Denis FALGOUX, Yves GUERIN, Jacques MALGORN et Patrick SIRO. Commissaire Laurence Gateau.

 
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