,,,

le Creux de l’enfer - CENTRE D’ART CONTEMPORAIN

Saâdane Afif

Exposition

du 20 octobre 2001 au 30 décembre 2001

  • Digg
  • Del.icio.us
  • Facebook
  • Google
  • Technorati
  • MySpace
  • Wikio
  • Blogmarks
  • Reddit

Toutes les expositions

retour aux rubriques précédentes...
 Expositions précédentes
 Expositions à venir...
 Actualité...


 Saâdane Afif


Exposition réalisée avec l’aide des étudiants des écoles des Beaux-arts de Clermont-Ferrand et de Lyon. Graphisme du carton d’invitation : Régis Le Bras.

Mise à flot


exposition du 20 octobre au 30 décembre 2001 Vernissage le samedi 19 octobre à 18h

Commissariat de Frédéric Bouglé

Le modello à l’abordage d’une œuvre d’art

Dans le ruissellement fluctuant des images qui nous assaillent et nous submergent, l’information dans ses multiples langages, économique, politique, publicitaire et culturel tend à se dissoudre dans un même contenant stylistique et formel. C’est là, au cœur de ce capharnaüm médiatique qui agit comme un courant d’air, que l’artiste Saâdane Afif, méticuleusement, scrupuleusement, observe, trie puis opère. S’il y a excès de communication, conditionnement de l’être moderne, tourbillon d’informations, autant de bruits que de maelströms conceptuels, l’artiste alors réfute, riposte, objecte. Sculpteur flibustier, Il décrypte l’ordre caché qui s’agite sous le drapeau d’un chaos innocent. Sa méthode, il est vrai, nous ramène à celle qui conduit l’abordage des pirates agissant sur les mers, dont l’artiste par ailleurs, mais non pas par hasard, est tant friand. Dans cette cacophonie de richesses cathodique, photographique et numérique qui se métamorphosent et se dispersent, il s’agit de s’accaparer les attributs codés de l’information, de les détourner de ses fins premières, et de les restituer au monde, décodés à sa manière. L’artiste redistribue ainsi son butin iconographique en le mettant à la disposition de son public : cartes postales, affiches, images multiples prisent dans l’actualité de son environnement immédiat, et le nez relevé vers le céleste. C’est encore dans la parabole des échelles de grandeur et de valeur, de spectacle et d’aspect, de tribune et de coulisse, d’avers et d’envers, qu’il pose son œuvre, qu’il cadre sa mise en scène, véritable agencement sonore et sculptural, décor cinématographique et théâtral. Pour effectuer ce transfert, et pour l’effectuer bien, Saâdane Afif n’hésitera pas à permuter les rôles, à invoquer la contribution d’autres artistes, le décloisonnement des formes et les compétences particulières de chacun. Ses actes solitaires passent par des pactes solidaires, c’est pourquoi son œuvre se met en place comme un post-it ou un pixel, et chacun ainsi la déplace dans sa réalité personnelle.


À Thiers, au Centre d’art contemporain Le Creux de l’enfer, l’artiste nous propose un projet de réhabilitation du site, une entreprise envisagée à partir d’une observation géographique et historique, et sous des abords sensoriels multiples. Dès en arrivant on découvre sur la façade du bâtiment un grand panneau peint de 4 x 3 mètres. Cet ouvrage conçu à l’aérographe à partir d’une esquisse de Delphine Coindet, a été confié à Jean-Louis Magnol, peintre en lettres à Thiers. Une intervention qui illustre d’emblée le propos engagé par Saâdane Afif, et qui remplit à merveille sa fonction d’appel.

JPG - 10.7 ko
Saadane Afif
Mise à flot, 2001, production le Creux de l’enfer, collection Institut d’art contemporain de Villeurbanne depuis 2006

Au rez-de-chaussée, une maquette, modello de bois, et de dimension surhumaine, saisit et dirige aussitôt le visiteur vers le centre du projet pris en charge par le maquettiste Marc Sausset. L’eau de la Durolle est détournée, elle vient désormais noyer l’ancienne usine comme pour la purger de son histoire complexe. Sa chute est asséchée, transférée comme en rêve dans un épiphénomène fantastique, juste à côté, et dans le bâtiment même. Tous nos sens sont mis en alerte, des chiens invisibles répercutent leurs aboiements à tous les étages, se répondent dans une cacophonie burlesque (avec le concours d’Isabelle Le Doussal). La grotte à l’étage, habillée d’un faux plafond et le sol recouvert d’un lit de pouzzolane, perd son caractère rustique pour un emploi moins rudimentaire et plus domestique, tandis qu’au même niveau un montage vidéo, réalisé en collaboration avec Karim Ghelloussi, nous plonge cette fois-ci dans l’histoire cinématographique des illusions du sommeil. Reprenant le système du cut-up sous une narration disloquée, elle diffuse une collection de rêves entrecoupée de neige T.V., écran floconneux qui revient sous nos yeux pour un seul rêve décousu à nos regards ouverts. Au sous-sol, un mur de graffitis amène sur la petite scène d’un concert qui valide l’univers propre à quatre jeunes femmes : Lili Reynaud, Flavie Pinatel, Chourouck Hriech et Pascale Poignot. Si tout projet est une illusion destinée à être saisie dans sa globalité avant d’être accepté dans le réel, c’est ici, dans la convocation des moyens de représentation mêmes, que le projet prend corps dans un bâtiment qui se grime, de fait, sous le masque tragique et lacrymal d’une œuvre d’art critique à part entière.


Frédéric Bouglé, commissaire de l’exposition.

 
Chercher
 
le Creux de l’enfer - info@creuxdelenfer.net - vallée des usines, 63300, Thiers, Fr, t. 00 33 4 73 80 26 56 - Site MH MarkIV 1.9.2d [11132]